Manuels

On distinguera deux types de manuels de cinéma sans caméra. D’un côté les livres techniques à destination de publics déjà initiés aux fondements du cinéma d’animation image par image, de l’autre des ouvrages d’initiation pour débutants.

Cinq manuels principaux existent en langue française ou anglaise. D’autres titres peuvent avoir été disponibles mais soit sous ne les connaissons pas, soit ils n’ont pas une portée aussi importante que les suivants :

  • Norman McLaren, Cinéma d’animation sans caméra, Service d’Information et de Publicité, Office National du Film du Canada, 1959. 12 p.
  • Jacques Bourgeois, Cinéma d’animation sans caméra, Paris, Dessin et Tolra, 1973. 64 p.
  • Helen Hill (Dir.), Recipes for disasters : handcrafted film cookbooklet, Autoédition, 2005. 
  • Steven Woloshen, Recipes for reconstruction : the Cookbook for the frugal filmmaker, Autoédition, 2008.
  • Steven Woloshen, Scratch ! Crac ! et Pop !, Autoédition, 2014.

A noter que la plaquette de Norman McLaren, le livre de Jacques Bourgeois et le dernier ouvrage en date de Steven Woloshen sont disponibles en français et en anglais. En outre, quatre des cinq manuels sont autoédités : la logique de fabrication des ouvrages semble aller de pair avec la logique « underground » de fabrication des films sans caméra qui proviennent pour beaucoup d’éléments récupérés et réutilisés sans aucune industrie pour soutenir leurs expériences.

Deux d’entre eux se présentent comme des livres de cuisine et impliquent un certain rapport à l’ouvrage (qu’on lit) et à l’œuvre (qu’on pourra créer). La livre de cuisine ne s’adresse pas aux chefs de restaurant mais à tout un chacun pour s’exercer chez soi. Il s’agit de proposer des recettes fondamentales mais selon les instruments, les ingrédients, la dextérité du cuisinier mais aussi son imaginaire, le résultat est voué à produire des rendus différents. L’animation sans caméra n’est pas industrielle et n’a pas vocation à être répétée.

Il faut toutefois distinguer le public auquel sont destinés ces ouvrages. Norman McLaren visait d’abord les animateurs expérimentés qui ont une idée de comment animer, et il ne propose que les outils et réflexes nécessaires à une pratique adéquate de l’animation sans caméra sans proposer de recette. Il ne revient pas sur les principes de l’animation comme les expose Jacques Bourgeois dans une perspective d’initiation ou de cinéma amateur. Son manuel commence par rappeler quelques points clés généraux avant de se centrer sur l’animation sans caméra et de proposer idées et exercices. Pour le grand public, la façon la plus simple et la moins onéreuse d’appréhender le mouvement est de se défaire des matériaux principaux et notamment de la caméra et de la pellicule à développer. Un film noir ou blanc, quelques feutres, peintures ou éléments du quotidien pour graver l’émulsion, et la possibilité de voir le mouvement d’une image à l’autre en jetant un coup d’œil sur le(s) dessin(s) précédent(s) est beaucoup plus pratique.

Les deux ouvrages de Woloshen possèdent également une visée pédagogique mais, écrits en 2010 et en 2015, à un moment où le numérique explose, les livres incitent les lecteurs à utiliser des matériaux qu’on croit voués à disparaitre. Les ouvrages ont également un objectif de sensibilisation à la pellicule, à sa disparition progressive comme à ses spécificités. L’approche technique est similaire mais la philosophie est différente. Ses deux livres ne sont pour autant pas écrits à l’usage des mêmes personnes. Le premier, dont le titre est un hommage à celui d’Helen Hill, est issu d’un travail de Master et s’il expose les idées et préparatifs à la réalisation d’une série de films, il nécessite des connaissances préalables. Le lecteur novice n’y trouvera pas son compte mais le plus expérimenté aura là matière à créer ses propres recettes et à développer son imaginaire technique à partir des idées de Woloshen. Scratch ! Crac ! et Pop ! est, dans un sens, le contrepoint plus grand public du premier. Le matériel demandé est plus facile à obtenir et les compétences requises moins nombreuses. 

Helen Hill, quant à elle, s’adresse à ceux qui fréquentent le milieu du cinéma « fait main ». Son livre, disponible en téléchargement, est un fascicule issu d’un appel dans lequel différents expérimentateurs lui ont fait parvenir, à la main, à la machine, de façon plus ou moins formelle ou anarchique, leurs propres recettes créatives. Il est intéressant de noter que Woloshen, qui travaille comme archiviste à l’ONF/NFB, s’inscrit dans une perspective proche de Hill, liée au cinéma expérimental plutôt qu’au cinéma d’animation. La différence étant peut-être, comme il le rappelle que l’animateur aura toujours son intérêt tourné vers le produit fini alors que pour l’expérimentateur le processus de création est fondamental. D’où l’importance de ces manuels.

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